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JO de Pékin : Un drame national

À 11 h 50 hier, quand Liu Xiang a grimacé de douleur, toute la Chine s’est arrêtée pour pleurer. Le choc

Pékin, 28 degrés. Shan Shan était là, comme beaucoup de gens de Shanghaï, la ville qui l’a inventé. Shan Shan, 25 ans, avait préparé des drapeaux et des banderoles rouges. Le nid d’oiseau respirait dans les starting-blocks. « Nous étions tous prêts pour la grande fête. Et puis il a enlevé quelque chose à sa cuisse et s’est dirigé vers le couloir. Pendant longtemps, nous n’avons pas compris. C’était un cauchemar. Nous disions entre nous qu’il allait revenir pour nous remercier ou parler. Quelqu’un a dit alors qu’on ne le reverrait pas. Nous nous sommes tous mis à pleurer ». Des larmes jusqu’à Macau. Vers la tribune de presse, la journaliste en charge de l’athlétisme à « Titan Sports », le leader des journaux sportifs chinois, a éclaté en sanglots. Dans les gares et les aéroports, les grands magasins, les bus et les restaurants, partout où fonctionnaient des écrans de télévision, on raconte les mêmes attroupements hébétés. À 11 h 50, Liu Xiang est revenu parmi l’espèce humaine. Et à midi, Baidu, le plus grand moteur de recherche chinois, a organisé le vote sur Internet. Dans les minutes qui ont suivi, 164 562 personnes se sont jetées sur ce cauchemar. Les trois-quarts portent le deuil avec dignité en « comprenant sa décision de quitter le stade ». Ils attendent sa guérison, « et continuent de le soutenir ».
Il ne s’appartient pas. Le reste s’indigne à grands cris au pied de la statue. Comme M. Wang, ancien triathlète de haut niveau, directeur d’un club de gym dans le quartier de Shaoyang : « Tous les sportifs ont des blessures. Je n’accepte pas qu’il n’ait pas terminé la course en marchant jusqu’à la ligne d’arrivée. Il devait remercier la Chine ». C’est-à-dire le pouvoir qui aurait pu ne pas en faire un héros.
Ailleurs, c’est l’agitation extra-sportive qui est accusée. Depuis l’exploit d’Athènes en 2004 où il fut le premier asiatique à dominer une discipline majeure, le champion aligne autant de spots publicitaires que de haies.
Aucun athlète avant lui n’a dû supporter une telle pression humaine et médiatique. Quand il marche, la télévision fait un gros plan de 26 secondes sur ses mollets et 1 milliard de Chinois s’arrêtent de respirer pour interpréter le spectacle. Liu Xiang ne s’appartient pas. « C’est un battant, explique un journaliste chinois. Un garçon sincère qui ne triche pas. La seule question est de savoir pourquoi il était au départ, alors que ses deux blessures, au mollet et au tendon d’Achille, n’étaient pas réglées. Comment a-t-il été soigné et depuis combien de temps ? »
Obligations de présence. Le cas du jeune athlète sponsorisé par Coca-Cola, 5,7 millions d’euros annuels avant impôts, n’est pas si simple dans la Chine communiste qui enfourche le tigre du capitalisme mondial. Il triomphe dans un pays ou la promotion sportive n’est pas liée à une culture du sport mais à une volonté d’État. Les athlètes sont repérés, entraînés et rétribués par leur province ou le pouvoir central. Des revenus qu’ils ont à reverser à la Fédération qui les a mis sur orbite.
Liu Xiang lui-même redonne 25 % de ses gains commerciaux. Mais le hurdler, comme Yao Ming, le géant de la NBA, échappe plus largement à la grosse main de fer qui interdit par exemple aux athlètes de faire de la publicité.
En contrepartie, « l’homme volant » a des obligations de présence auprès des instances du PC, dont il est membre. Le mois dernier, l’administration lui a vertement reproché d’avoir préféré un meeting en Europe à une fête hautement symbolique dans le Sichuan des sinistrés. On n’a pas non plus apprécié à Pékin son absence à l’assemblée nationale consultative. Le sport vaut parce qu’il transmet aux foules. Les grandes victoires de Liu Xiang se décrochent hors des stades. Quel est l’homme ou le concept en Chine qui peut triompher comme lui en même temps dans le Hunan, le Hubei, Shanghaï et le Tibet ? « La vérité, souffle ce discret contestataire, c’est qu’il a été contraint de s’aligner au départ, bien que blessé. Beaucoup de machines à gagner, prises en main depuis l’âge de 6 ans, sont décervelées. Pas lui. Mais il est pressurisé par l’État qui ne lui permet pas de vivre. Il n’en peut plus. Ce n’est plus un sportif, mais un drapeau condamné à flotter pour la fierté nationale ».
Hier à 11 h 50, le peuple a perdu celui qui fascine les enfants et remplit les stades, la seule grande locomotive du sport chinois. Coca-Cola et le Parti ont perdu la lumière des Jeux.

Christian Seguin

JO de Pékin : Les mariés olympiques

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Les jeux ont provoqué une vague sans précédent de mariages. Nous avons fait la queue avec les futurs mariés

Pékin, 34 degrés, centre de culture de Dong Cheng. Le son suraigu de la sonorisation déchire ce qui serait susceptible de ressembler au silence. « Le numéro 98 est prié de s’asseoir à la table des signatures ».
Ils sont debout au cœur de la mêlée et ils cherchent du regard deux chaises libres dans l’alignement de l’immense table. La salle de fêtes habituellement réservée aux loisirs des gens du quartier a été reconvertie en usine à mariage, avec crêpe rose et roses en tissu. Ça turbine depuis le matin 6 heures. A 18 heures, elle aura du écluser les 1008 candidats qui ont passé le test de vérification de l’identité. Pas de mariage blanc. Ils sont venus seuls, sans famille. Jeans, basket et téléphones portables.
Dans les années 70, le marié devait avoir des aptitudes cyclistes. Il avait à transporter sa future femme vers le foyer à vélo. D’autres utilisaient le tricycle. Les démunis marchaient. Plus tard, grâce au développement, la course aux festins a provoqué la création de restaurants spécialisés et de sociétés de mariage. La famille mangeait longtemps. Désormais les jeunes ignorent souvent les banquets. Ils économisent pour acheter des cartes Sim.
La salle ne respire pas la noce. La signature elle-même dure cinq minutes, mais il faut attendre la bonne tranche et, comme à la poissonnerie, ne pas rater son tour.
Quelque chose d’inexprimable. C’est un phénomène sans précédent dans l’histoire contemporaine chinoise. Ils ont tous réservé leur place pour le 8e jour du 8e mois de la glorieuse année 2008. Le nombre 8 porte chance car sa prononciation est « t », c’est-à-dire proche de la richesse. Même si beaucoup s’interrogent sur le chiffre magique. Les intempéries dans le sud au moment du nouvel an chinois, les violences au Tibet, le séisme au Sichuan n’ont rien annoncé de festif.
Yuan balaie ce sinistre retour en arrière. « C’est aux Jeux Olympiques que commence vraiment notre année ». Elle est attachée au service de l’environnement, et Chu, l’élu, est bénévole à l’organisation des jeux. Il est en short, son accréditation au cou. Depuis ce matin, ils se connaissent depuis huit ans. Le discours sonne le rassemblement. « C’est aujourd’hui que la Chine brille dans le monde. Nous sommes fiers de participer à la mission de la planète pour protéger la nature. Nous devons commencer à nous approcher des arbres, des fleurs et des rivières. Lorsque nous serons vieux, ce mariage aura une valeur inexprimable. « Gong Xi ! » (félicitations).
Le message national. Yu et Chu vont rentrer à la maison. Ils vont ouvrir une bouteille de vin chinois hors de prix dans les supermarchés. La fête de leur union aura lieu le 8 août 2009. Début du repas à 8h08.
Les dossiers s’empilent sur la scène. Pendant les signatures certains continuent de téléphoner. La chaîne ne faiblit pas.
Le couple 96 est traqué par une équipe de télévision. Il tente de s’échapper par la gauche. Il est empêché par le caméraman. Rien aujourd’hui ne se fera dans l’anonymat. Il y a une valeur hautement symbolique à transmettre jusqu’au fond des rizières de toutes les provinces. En recevant les hôtes de la planète, la Chine chante d’abord l’amour. Au mur, derrière la scène, un slogan toise les futurs époux. « Un siècle de Jeux Olympiques, un long siècle de rêves, un long siècle de prières pour le bonheur, un siècle de mariage parfait ». C’est donc ici. Le voici l’éden du couple durable.
La sono débite le programme. « Nous allons maintenant passer à ceux qui ont réservé de 10 à 11 heures. » Chaque heure, l’organisation repart de zéro. Nous voici avec les 9 de la série 7. Ils sont tendus. « Je suis désolé, je ne peux pas répondre à vos questions. Je suis militaire et pour vous parler il faut que je demande l’autorisation écrite ». Gong Xi quand même.
Les 57 sont plus détendus, dans leur T-Shirt rouge carmin « I love China ». Ils se sont inscrits le 16 Juillet après avoir beaucoup réfléchi. « Nous commençons notre vie de couple aujourd’hui. Cela va nous donner de la force pour aller loin ». Gong Xi !.
Nous attaquons la série 8, à priori la plus chanceuse. Il va falloir accélérer pour être dans les temps. La Chine vient d’inventer le mariage olympique. L’essentiel était d’y participer.

Christian Seguin

11 août 2008 - Aucun commentaire
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Pékin J-3 : Les rebelles du rock (Chengdu)

 

Le rock chinois raconte les rêves de la jeunesse d’un pays et exprime poliment des souhaits pour une autre vie

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Chengdu, 31° C. Rendez- vous au « Petit Bar », dans le quartier Yong Feng Lu. Seul un musicien natif peut connaître le labyrinthe qui y mène, nulle part sous les ponts, les bretelles de voie rapide et les nœuds serrés d’échangeurs. Tous les grands groupes de rock chinois sont passés par là pour retrouver cette femme douce qu’ils appellent Tang Jie, « sœur Tang », ou Yin yue Jiao Mu, « la mère du rock ». Tang Lei, 47 ans, repousse l’ensemble des honneurs en caressant son caniche blanc. C’est une femme libre et sereine, ouverte à toutes les tendances. Une exception donc. Elle a créé « le Petit bar » en 1997, un lieu simple comme un salon de thé, pour y exposer les œuvres de ses amis peintres, quelques photographies des premiers musiciens de rock et une étagère de beaux livres. Cela en se désintéressant de l’argent. L’underground de Chengdu a vite compris qu’il en ferait le centre de son « quanzi », l’espace social où les individualités peuvent s’exprimer. Tang Lei leur a offert sans demander un yuan, en reversant même aux artistes la recette de l’entrée à 1 euro. Désormais, elle brille au firmament des rockers. Tang Lei effleure son capuccino en souriant. « Au début, j’ai reçu beaucoup de protestations à cause du bruit, avant d’investir dans l’isolation. Puis j’ai décidé de continuer. Ce fut très difficile, mais personne ne m’a obligé à fermer. Ma réputation m’a sauvée. Les médias chinois m’ont aidée. Aujourd’hui, le gouvernement provincial me soutient. On juge que cet endroit est une bonne chose pour la société. Ils attaquent leurs parents, pas le gouvernement ».
La musique des questions. Au « Petit bar », il y a des règles simples à respecter. Pas de drogue, pas d’injures, pas de casquette à l’envers avec un Téquila-Gin-vodka. La bière est à 1,9 degrés. Jamais de vols, ni de bagarres. Le « Petit Bar » s’autorégule comme un temple Tang, la maison communautaire des confréries traditionnelles. « Ce n’est pas une protestation comme vous l’entendez, ajoute sœur Tang. Ils expriment des rêves et formulent des souhaits pour une autre vie. Demain sera meilleur. Ils ont confiance. »
Plusieurs centaines de groupes doivent beaucoup à Cui Jan, le père du rock chinois, qui interpréta en 1986 « Je n’ai rien », la chanson reprise comme un hymne en 1989 par les étudiants de Tian’anmen. Dans le Sichuan, réputé pour son répertoire traditionnel d’opéra, son discours régionaliste et ses traditions revendiquées, le rock demeure associé à un aspect décadent de la culture occidentale. Il n’entre pas dans la catégorie du divertissement. C’est la musique des questions crues. La soirée métal va commencer. Du heavy métal qui scotche l’occiput. Le public serre les rangs sous les immeubles. Les bières, signe de ralliement, passent de mains en mains. Apparaît le premier chinois aux cheveux jaunes. Beaucoup s’interpellent. Des jeunes qui rêvent de pousser la porte, des étudiants désargentés, d’anciens clients reconnaissants, ainsi qu’un public plus mûr en quête de chemins célestes.
Quitter les villes. Le rock originel de Cui Jan hurlait la désillusion des intellectuels face au communisme et aux barrières immuables de la civilisation multimillénaire. Vingt ans plus tard, il dénonce le péril environnemental et raconte les émotions de la vie quotidienne. Liu Xia Yuan, membre du groupe Bund, bondit dans la rue avec ses lunettes blanches à persienne. Il est ingénieur chez Ford. À côté, le batteur tire la langue pour la photo. « Nous sommes en colère parce que nous ne pouvons pas vivre du rock. » « Le Petit Bar » a rempli les soutes. Ça pulse sec dans le rideau de fumée et il n’est pas sûr que les moustiques du fond, sur les palmiers nains, aient survécu. Bund, grimé de masques à gaz et de cagoules noires, jambes écartées, invite les populations à quitter les villes pour mieux découvrir la nature qu’il faut protéger. Et, en suivant, il chante le grand malheur de l’homme dont la femme aime l’argent. Qui fait la vaisselle ?
« Le rock, explique Jingjing, étudiante en pharmacie, se demande comment mieux vivre en Chine. Je viens pour la musique, plus que pour les textes. C’est aussi une façon d’échanger des informations dans les forums et de faire connaissance entre filles et garçons. Moi, j’ai choisi d’aller à l’université pour avoir un bon boulot. Les jeunes en colère préfèrent lutter contre la famille et la société traditionnelle ». Le plafond n’a rien à craindre. Les fans ne sautent pas. Ils filment avec leur téléphone portable. Une fille au premier rang fouette la scène avec ses cheveux. Mais elle est bien seule. Quand Metalsauna aura poussé le dernier cri, beaucoup iront se coucher dans la tiédeur de la nuit.
C’est dans ce cratère de l’underground que le papa de Tang Lei vient parfois boire un verre de lait.

Christian Seguin

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Pékin J-4 : Les Jeux contre la mort (Jiang Yang, Sichuan)

 

Sichuan

La flamme olympique arrive ce matin dans le Sichuan, région qui porte ses 100 000 morts suite au séisme en mai

Jiang Yang, Sichuan, 30 °C. Un homme court à la portière de la voiture. Il crie. « J’ai besoin d’argent. Fais-moi travailler comme guide. » À quelques centaines de mètres, dans un paysage d’immeubles délabrés, le linge s’accroche aux larges tentes bleues. Il n’y a personne dessous.
C’est le lieu touristique du barrage du Yiang Yang, un monument historique de deux mille ans inventé pour partager les eaux et irriguer les terres. Le 12 mai à 13 h 30, quand 100 000 km2 de la province se sont effondrés, il a tenu. Les gens des villes en parlent toujours. S’il n’avait pas résisté, l’eau aurait roulé la mort à 100 km, jusqu’à Chengdu, la capitale que le sable préserve des furies sismiques de la chaîne montagneuse du Lungmen Shan. Une partie des 15 millions de sans abris du Sichuan se trouve dans ces parages où 60 % de l’habitat a été détruit. La route criblée d’ornières trace une ligne droite entre d’exubérants champs de maïs non irrigués et les rizières tirées au cordeau. La nature n’a pas tremblé. Les carrioles de melons et de pastèques continuent leur chemin, jalonné de gravats. En bordure, une banderole des autorités rappelle le message : « La seule priorité maintenant, c’est de reconstruire ».


Des préfabriqués pour cinq ans. Le village réinventé a la texture et la couleur du PVC. Les femmes et les enfants ouvrent de grands yeux. Les charters de journalistes chinois et internationaux ont désorienté une communauté rurale repliée sur elle-même. Les élèves rescapés ont été écartés des entretiens pour éviter permanent le rappel de l’atrocité. Le gardien du camp de préfabriqués, toujours en treillis, enfourne son casque pour nous montrer comment 897 chambres apparemment équipées d’écrans plats ont été bâties en deux mois pour loger près de 3 500 personnes. Chaque réfugié possède son nom en façade et le groupe de travail auquel il appartient. Afin que les familles puissent continuer de faire vivre la terre, le gouvernement offre la nourriture. Arrive le maire, très soucieux. Il se méfie de cette visite. « Tu es chinois, dit-il à notre interprète. Tu dois défendre la Chine ». Il explique qu’à l’heure du séisme, beaucoup étaient aux champs, ce qui les a sauvés. Il ignore encore le nombre de morts. Les paysans vont peut-être rester cinq ans ici. Le temps que le gouvernement puisse reconstruire un village modèle, solide et mieux conçu.
La question anodine sur les Jeux olympiques le fige. « Nous ne ferons pas de repas et nous ne boirons pas. Nous discuterons simplement entre nous. Maintenant, j’arrête de parler ».
100 000 morts planent et le deuil n’est affiché nulle part.


Profiter de la vie. « Les habitants du Sichuan ont la réputation d’être plus optimistes que les autres, explique Wei ling, script à la chaîne de télévision Tian Chi Tai. Après le drame, pendant plus d’un mois, nous n’avons diffusé aucune publicité, aucun programme de loisirs, aucun film. Tout était consacré au séisme, en direct. Au début j’ai beaucoup lu les infos. Et je pleurais. C’est une période où nous avons accueilli des gens du monde entier. Nous avons même admis qu’un avion militaire étranger atterrisse. La population a été extrêmement surprise et touchée par la solidarité internationale. Le passage de la flamme olympique dans le Sichuan a une signification plus forte qu’ailleurs. Elle devait venir en juin, mais c’était trop près ». À Chengdu, le séisme a changé le regard d’une grande partie des habitants mobilisés à comptabiliser les répliques permanentes. Plus de mille depuis le 12 mai, dont celle de vendredi 1er août, d’une magnitude de 6,2. Chaque nuit, ou presque, les lits tremblent. « Nous n’allons plus nous promener dans les montagnes, souffle Lin, étudiant en biologie. Même à Shanghaï où les secousses ont été ressenties, on pense que le prix de l’immobilier va baisser. Pourquoi acheter un appartement, alors qu’il faut profiter de la vie ? »
Ce matin la flamme sera portée par les héros-sauveteurs dans le centre de Chengdu couvert de fleurs. Le Sichuan a les yeux braqués sur Pékin. Il veut voir ses stars régionales. Zhenh Jie la joueuse de tennis, les sœurs jumelles de la natation synchronisée Jiang tingting et Jiang wenwen, probables médaillées. Ainsi que la petite fille survivante de l’ethnie Qiang dévastée dans le village de Bei Chuan, qui va entrer dans le cercle de la cérémonie d’ouverture. Les jeux arrivent enfin. Seule une fête mondialement chinoise peut alléger le poids de la mort.

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