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JO de Pékin : Les filles de La Rochelle

Le site de la voile olympique, à Qingdao, ne satisfait personne. Les Françaises de la Rochelle y luttent

filles la rochelleQingdao. 32 degrés. C’est du flambant neuf. Un kilomètre de digue de béton en blocs, un km de parasols bleus, un km d’éoliennes et, au bout, une marina pour accueillir toute la jet-set des paradis fiscaux. Derrière, côté construit, une irruption volcanique de buildings qu’une migration de grues n’aurait aucune chance de survoler, sous laquelle s’étale un ruban de sable qui demande pardon.
La plage bondée de Qingdao rassemble tous ceux qui ne savent pas nager. Ce n’est pas une activité traditionnelle. Au fond, dans la lumière voilée de l’aube, une armada de navires. Trois heures avant le début des compétitions, ils continuent d’arracher les algues vertes, ces machins inventés par les eaux usées chargées de détergents et d’engrais. La base nautique est cernée par un gigantissime filet anti pollution. On ne plaisante avec la réussite d’une épreuve olympique. 15 000 hommes avaient été mobilisés en juin pour en finir avec ce fléau. « Je n’avais jamais vu un truc pareil sur l’eau, raconte Tom Ruegge, le manager de l’équipe suisse. On pouvait jouer au golf dessus ». Comment ça va la Suisse ? « Doucement. Tous les équipages se sont préparés pour affronter un manque de vent. Mais nous sommes déçus par le comité d’organisation qui n’est pas assez marin. À 20 nœuds, il annule la manche parce qu’il ne peut pas immobiliser ses propres bateaux sur la course. Et c’est un site très compliqué. »
Un site politique. Qingdao n’a pas été élu pour ses compétences maritimes et ses éléments naturels. Qu’est-ce qu’un site politique ? C’est un site qui a été choisi grâce à l’influence d’un homme fort de la région, membre du comité central du Parti, aujourd’hui poursuivi pour corruption, à un endroit réputé pour sa pétole, la panne générale de vent qui te laisse croire que tu gardes des moutons dans le Larzac.
Mais le décor est cinématographique, la fameuse envie de bien faire constante, et les « voileux » toujours en quête du bonheur. Il faut arriver là, au bord de la mer Jaune, en face de la Corée, pour voir enfin les filles de la Rochelle.
Claire Fountaine, patronne des équipes de France, a les mots pesés de la fonction. Elle salue l’homogénéité du clan français, sa présence dans toutes les séries, ses médailles, les podiums toujours possibles, notamment avec le planchiste Julien Bontemps ce soir et l’étonnant talent de la chatelaillonnaise Sarah Steyaert. Et elle effleure les déceptions : Faustine Meuret, championne olympique à Athènes qui est passé à côté, et l’équipage du 470 pas vraiment à sa place en 11e position. « En fait, il y a eu du vent. Les Chinois ne sont pas tournés vers la mer et ils ne savent pas s’adapter aux conditions fortes. Mais l’image que je garde, c’est qu’ici rien n’est impossible. Tout va très vite. Ils ont complètement inventé un lieu, avec une marina exceptionnelle, qui ne doit pas rester vide après les jeux. »
Internet interdit. Elles sourient, mais elles ont un goût amer dans la bouche. Anne Le Helley et Catherine Lepesant, les Rochelaises tricolores du Yngling associées à Julie Gerech, qui s’étaient éreintées à s’entraîner dans les algues, ont été flouées. Harponnées à l’arrière par un bateau russe, elles n’ont pas pu disputer la 5e manche, vers la médaille de bronze. « Nous avions réalisé un super-départ, explique Anne, déjà 5e à Athènes. Si nous n’avons pas été volées, disons que nous n’avons pas pu défendre nos chances. » Catherine hoche la tête. C’est la blogueuse de l’équipe, celle qui rédige et téléphone à son mari en Charente-Maritime chaque jour, missionné pour envoyer le tout à Internet. Le site s’appelle « Lesfillesduvent.wordpress.com ».
Or, dans l’obscurantisme de la communication chinoise, ce site n’est pas accessible en Chine. « Comment ne pas s’interroger ? Le CIO nous a fait signer une forme de charte qui nous engage à ne pas relater ce qui se passe à l’intérieur. Nous n’avons pas le droit de faire de photos. Faut-il aussi que le CIO accepte que la Chine nous interdise la lecture de nos blogs ? »
Arrive un grand rayon de soleil. Sarah Steyaert, la fille qui a « forcément un avenir ». Elle va courir. Elle a faim. « Je n’ai jamais réussi à comprendre ce site. Mais j’ai 21 ans, je suis championne du monde et je veux montrer que je suis présente. Je viens d’enregistrer beaucoup de choses pour 2012. »
À part ça, les filles de La Rochelle auraient voulu voir les vrais gens de la campagne, arpenter les hutongs, traverser les villes de l’immensité, faire du vélo dans la masse, parler au marchand de fruits. Mais les Jeux Olympiques, de ce côté-ci des barrières, n’ont pas ça en magasin. Vivement les petites places typiques de La Rochelle et son port humain.

Christian Seguin

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