JO de Pékin : Pollution, le grand mystère des jeux
Après le feu d’artifice,
la qualité de l’air de la capitale chinoise n’est plus d’actualité
Pékin, 33 degrés. Sixième jour de
brouillard. La silhouette du balayeur avec son masque de chirurgien s’affaire
dans l’alignement du trafic. Au-delà de
Un
exploit.
Selon les autorités, la pollution a concrètement baissé de 20 % depuis juillet.
L’alternance automobile des plaques paires et impaires, instaurée depuis trois
semaines, aurait réduit le trafic de 21 % - 2 millions de voitures -, un
exploit remarquable dans la capitale du piéton pourchassé. Le Bureau de
protection de l’environnement affirme que le taux des polluants majeurs,
dioxyde et monoxyde de carbone, a baissé dans les mêmes proportions. Comme on
s’autofélicite de l’éloignement des camions et des bus longue distance, des
usines fermées ou des baisses de production autour du charbon et de la chimie.
Dans une
région du Hubeï, surarmée de plus de 100 millions d’habitants, où les fumées
noires de l’industrie de l’acier et du fer célèbrent d’abord la suprématie de
l’empire, ces mesures frappent l’imagination de la rue. Mais elles ne rassurent
pas grand monde, excepté Jacques Rogge. Le pays qui va bientôt rattraper les
États-Unis dans la production des gaz à effet de serre organise des Jeux à la
pire saison, quand aux particules issues du transport et de l’industrie
s’ajoutent les poussières des déserts et des routes portées par les vents.
Voir du bleu. Qui a vu du bleu ? Le bleu tient de la
fantasmagorie. C’est comme si l’on croisait un ours à Mimizan. Le bleu est
promis en abondance. Et la jeunesse olympique se mirerait dedans. Mais personne
ne parle du même bleu, ni des mêmes indices de pollution. Le Bureau de
protection de l’environnement a le sien, sans que l’on sache à quoi
correspondent les degrés de cet indice. L’échelle utilisée pour interpréter les
données sur les particules qui peuvent entrer dans l’organisme n’est que
chinoise. Au-delà de 80 microgrammes de particules fines par mètre cube, Paris
sonne l’alerte, un seuil que Pékin fixe à 200 microgrammes. L’air y est donc
souvent « de bonne qualité ». Pour le principal polluant de la ville, les
particules en suspension PM10, l’indice 100 correspond en réalité à 150
microgrammes par mètre cube d’air. Cette valeur jugée acceptable par la Chine
est trois fois supérieure aux recommandations de l’Organisation mondiale de la
santé.
Un
acharnement. Sur ce débat, l’institut de recherche du gouvernement refuse de
s’exprimer et les ONG chinoises ont la prudence du lémurien. « Tout ce qui a
été engagé dans la lutte aura des effets à long terme », explique Song Xin
Zhou, qui dirige l’association Pékin vert. « L’événement va nous permettre
d’aller plus loin. » Le dossier est bouclé, au moins pour la durée de la
compétition. La pollution se cantonne au ressenti personnel, pas du tout à la
démonstration chiffrée. « L’eau n’a plus le goût de poussière d’il y a deux ans
», assure ce Pékinois. « Mais c’était peut-être dû au ciment des nombreux
chantiers. Nous sentons que cela va mieux. » En l’absence de preuves, le sujet,
une fois encore, ramène aux réflexes d’autodéfense. On rappelle ici qu’il
s’agit d’un acharnement frénétique de la presse étrangère marqué du sceau de
l’amnésie, alors que la pollution de l’air de Los Angeles était déjà un souci
majeur il y a vingt-quatre ans. « Nous avons fait le maximum. Les Chinois sont
exaspérés par ce qu’ils lisent sur Pékin. Vos critiques sont systématiques et
ne nous encouragent pas. »
La
pollution a réintégré le giron politique et donc le grand silence. Jacques
Rogge n’a pas tout à fait tort, mais il ignore pourquoi il n’a pas raison.
C’est parti dans le brouillard. Que les dieux du marathon soient avec eux.
Christian Seguin



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