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JO de Pékin : Pollution, le grand mystère des jeux

Après le feu d’artifice, la qualité de l’air de la capitale chinoise n’est plus d’actualité

Pékin, 33 degrés. Sixième jour de brouillard. La silhouette du balayeur avec son masque de chirurgien s’affaire dans l’alignement du trafic. Au-delà de 300 mètres, l’avenue a disparu. Où sommes-nous ? Jacques Rogge, président du Comité olympique, vient de boucler le dossier de l’assainissement de l’air. Il décerne une médaille d’or au pays hôte. « Tout ce qui pouvait être humainement possible a été fait et les conditions seront bonnes pour les athlètes. La Chine a réalisé une chose formidable en plantant des millions d’arbres entre le désert de Gobi et Beijing. » Alléluia. « Ce que vous voyez, nous explique Jacques Rogge, est le résultat de l’humidité. » Et c’est bien là le problème. Hormis nos chaussures, nous ne voyons rien, pas même la chaîne de montagnes Xan Shan qui a pour mission, à 80 kilomètres d’ici, de signer la somptueuse carte postale du centre du monde. Mais Jacques Rogge n’a pas tout à fait tort. Il veut saluer le bras de fer que la Chine a engagé contre elle-même, sitôt la nouvelle connue de son voyage céleste. L’extraordinaire vitalité de la croissance contre la puissante menace environnementale. Goliath contre Goliath. En fait, un jeu de dupes où tout le monde a poliment considéré que l’usine chinoise serait à ce rendez-vous impossible.
Un exploit. Selon les autorités, la pollution a concrètement baissé de 20 % depuis juillet. L’alternance automobile des plaques paires et impaires, instaurée depuis trois semaines, aurait réduit le trafic de 21 % - 2 millions de voitures -, un exploit remarquable dans la capitale du piéton pourchassé. Le Bureau de protection de l’environnement affirme que le taux des polluants majeurs, dioxyde et monoxyde de carbone, a baissé dans les mêmes proportions. Comme on s’autofélicite de l’éloignement des camions et des bus longue distance, des usines fermées ou des baisses de production autour du charbon et de la chimie.
Dans une région du Hubeï, surarmée de plus de 100 millions d’habitants, où les fumées noires de l’industrie de l’acier et du fer célèbrent d’abord la suprématie de l’empire, ces mesures frappent l’imagination de la rue. Mais elles ne rassurent pas grand monde, excepté Jacques Rogge. Le pays qui va bientôt rattraper les États-Unis dans la production des gaz à effet de serre organise des Jeux à la pire saison, quand aux particules issues du transport et de l’industrie s’ajoutent les poussières des déserts et des routes portées par les vents.
Voir du bleu. Qui a vu du bleu ? Le bleu tient de la fantasmagorie. C’est comme si l’on croisait un ours à Mimizan. Le bleu est promis en abondance. Et la jeunesse olympique se mirerait dedans. Mais personne ne parle du même bleu, ni des mêmes indices de pollution. Le Bureau de protection de l’environnement a le sien, sans que l’on sache à quoi correspondent les degrés de cet indice. L’échelle utilisée pour interpréter les données sur les particules qui peuvent entrer dans l’organisme n’est que chinoise. Au-delà de 80 microgrammes de particules fines par mètre cube, Paris sonne l’alerte, un seuil que Pékin fixe à 200 microgrammes. L’air y est donc souvent « de bonne qualité ». Pour le principal polluant de la ville, les particules en suspension PM10, l’indice 100 correspond en réalité à 150 microgrammes par mètre cube d’air. Cette valeur jugée acceptable par la Chine est trois fois supérieure aux recommandations de l’Organisation mondiale de la santé.
Un acharnement. Sur ce débat, l’institut de recherche du gouvernement refuse de s’exprimer et les ONG chinoises ont la prudence du lémurien. « Tout ce qui a été engagé dans la lutte aura des effets à long terme », explique Song Xin Zhou, qui dirige l’association Pékin vert. « L’événement va nous permettre d’aller plus loin. » Le dossier est bouclé, au moins pour la durée de la compétition. La pollution se cantonne au ressenti personnel, pas du tout à la démonstration chiffrée. « L’eau n’a plus le goût de poussière d’il y a deux ans », assure ce Pékinois. « Mais c’était peut-être dû au ciment des nombreux chantiers. Nous sentons que cela va mieux. » En l’absence de preuves, le sujet, une fois encore, ramène aux réflexes d’autodéfense. On rappelle ici qu’il s’agit d’un acharnement frénétique de la presse étrangère marqué du sceau de l’amnésie, alors que la pollution de l’air de Los Angeles était déjà un souci majeur il y a vingt-quatre ans. « Nous avons fait le maximum. Les Chinois sont exaspérés par ce qu’ils lisent sur Pékin. Vos critiques sont systématiques et ne nous encouragent pas. »
La pollution a réintégré le giron politique et donc le grand silence. Jacques Rogge n’a pas tout à fait tort, mais il ignore pourquoi il n’a pas raison. C’est parti dans le brouillard. Que les dieux du marathon soient avec eux.

Christian Seguin

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